L’hors-présence
ou
Chimères du pays de Morsan
Dans un village déserté, Laure, condamnée par une maladie, rentre chez elle pour mourir. Ses deux frères et sa sÅ“ur la rejoignent pour l’accompagner dans sa fin de vie. La fratrie tente de s’organiser, de mettre en place des protocoles à défaut de nommer l’innommable. On se débat avec le contrôle, le temps et la langue. Mais dans la maison d’en face quelqu’un semble les épier…
L’hors-présence est une pièce sur le regard que l’on pose sur ceux qui meurent. Qui a le droit de regarder, à quelle distance et comment ? Comment regarder sans juger ? Et si ce que l’on nomme « fin de vie » était en réalité le début de la mort — alors quand commencerait-elle exactement ? Et lorsqu’on regarde un proche mourir, que voit-on ? Sa disparition, la nôtre, ou celle de l’humanité ?
Robert William Higgins a nommé « l’invention du mourant » — cette catégorie moderne qui exile celui qui meurt en le sommant de maîtriser sa propre fin, en le sommant de devoir définir solitairement la dignité et la valeur de sa vie. Quand la mort rôde, tout le vocabulaire institutionnel sonne creux, alors chacun se raccroche à des chimères.
Une chimère est deux choses à la fois. Un animal hybride — un être composé de morceaux incompatibles, assemblés par la légende. Tout enfant est une chimère — deux lignées fondues en un seul corps. Mais la chimère est aussi une illusion — une idée fausse à laquelle on s’accroche. Chaque personnage de la pièce est une chimère au double sens du mot. Hybride : à la fois aimant et violent, courageux et lâche, lucide et aveugle. L’un croit qu’un plan peut organiser la mort, l’autre que la nourriture peut retenir la vie, un autre que le mystère vaut mieux que le savoir. La création elle-même est une chimère — pour celui qui la porte sans oser la faire naître, elle est à la fois le monstre qui dévore et la promesse qui sauve. La mourante, elle, est peut-être la chimère la plus vraie — un corps en métamorphose, ni tout à fait vivant ni encore mort. L’hors-présence cherche ce qui reste quand les chimères tombent.
Maurice Blanchot écrivait que le langage est déjà une mise à mort — que nommer une chose c’est la remplacer par son absence. Laure découvre dans cette perte quelque chose que la littérature pressentait depuis toujours : seul le poème peut rendre la chose au monde.
La mise en scène épouse cette disparition. Le théâtre cherche une autre forme pour dire ce que les mots inventés par l’institution ne savent pas dire. Entre Vermeer et l’art contemporain, entre la camera obscura et éblouissement radical, L’hors-présence tente de rendre à la mort ce que l’institution lui a confisqué : sa place au centre du village.
Photos : Simon Gosselin
Création le 4 juillet 2026 au Festival d’Avignon IN (La FabricA)
Texte et mise en scène Tiphaine Raffier
Avec Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith
Mérieau, Catherine Mestoussis,Thierry Paret et Adrien Rouyard
Avec la participation vidéo d’Hélène Raimbault et Patrick Harivel
Dramaturgie Lucas Samain
Assistanat à la mise en scène Mathilde Saillant
Scénographie Hélène Jourdan
Lumière Kelig Le Bars
Vidéo Vincent Pinckaers
Cadrage Raphaël Oriol
Son Hugo Hamman
Musique Sylvain Jacques
Costumes Caroline Tavernier assistée de Paloma Donnini
Maquillage et perruques Judith Scotto
Régie générale Olivier Floury
Régie plateau Nicolas Bignan et Pierre Frenkel
Régie vidéo Nicolas Morgan
Régie son Hugo Hamman
Régie lumière Christophe Fougou
Régie maquillage et perruques Emmanuelle Flisseau
Production, administration, diffusion et communication Juliette Chambaud, Charlotte Pesle Beal, Elisa Seigneur-Guerrini, Max Beucher
Construction du décor aux ateliers du Nouveau Théâtre Besançon CDN
Production La femme coupée en deux
Coproduction  Le Quai – CDN Angers, Nanterre-Amandiers – Centre dramatique national, Théâtre National Populaire de Villeurbanne – Lyon, La Comédie de Saint-Etienne – CDN, Nouveau Théâtre Besançon CDN, La Comédie de Clermont-Ferrand – Scène nationale, Théâtre National de Bretagne – Rennes, Théâtre du Nord – CDN Lille -Tourcoing, La Criée Théâtre National de Marseille, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie, Festival d’Avignon, Le Parvis Scène Nationale Tarbes Pyrénées, Scène nationale du Sud-Aquitain, Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux, Théâtre National de Strasbourg, Maison de la Culture d’Amiens – Pôle International de Production et de Diffusion, La Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France
Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès et du Fonds SACD / Ministère de la
culture Grandes Formes Théâtre
Avec l’aide du Ministère de la culture
Remerciements Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines, pour son accueil à la première lecture, Pierre Lesquelen, Lukas Dana, Elsa Provansal, Jules Guittier, Ayla Derris, Andrea Portante, Carmen Bertin, Charlotte Cleret, et les participants de l’AFR 109 au Quai à Angers et de la masterclass Transmission au TNB, pour leur précieuse pierre à l’édifice.